Les moments les plus critiques : le mariage

Pour la majorité, cette débauche de fleurs rime avec bonheur. Le moment est jubilatoire. Parents et amis sont venus par monospaces entiers célébrer votre union pour l’éternité. Le rêve de toute une vie, magnifié devant Dieu ou les hommes. Des engagements solennels dans une surenchère de moyens et de bons sentiments. Peu importe que toutes vos économies soient passées dans la location de la salle et le traiteur, peu importe que rond comme une queue de pelle, vous découvriez qu’il est difficile de vivre une nuit de noces convenable quand on a, à ce point, fait la noce. C’est le plus beau jour de votre vie. Puisqu’on vous le dit.

Le pouvoir de dire « Oui »

Les hommes et les femmes sont différents, en ce qui concerne le mariage, les femmes ont été programmées pour ça. Pas la peine de sortir votre exemplaire de Chiennes de garde pour les Nuls, on s’explique : avoir une grand-mère suffragette et une mère qui a participé à la fondation du MLF n’y changera rien, depuis la nuit des temps, les filles sont conditionnées pour convoler. La faute aux contes de fées, aux religions, à la pression sociale, au mythe du Prince Charmant… à qui vous voudrez. Dans la vie de toute femme, même la plus libérée et la moins conventionnelle, il se trouvera toujours quelqu’un pour poser la question fatidique « Et au fait, tu comptes l’épouser quand ton René, parce que pour toi aussi, ma vieille, les années passent ! »

« Aucune femme au monde n’est capable de résister à une proposition de mariage, provint-elle du pire crétin. » Groucho Marx, comédien.

Le bon côté de ce bourrage de crâne, c’est que, du coup, le passage devant, au choix et dans le désordre : Monsieur le maire/le curé/le rabbin/l’imam, ne leur fait pas peur. La plupart du temps, elles sont même les premières à réclamer à cor et à cri l’engagement devant Dieu et les Hommes. Depuis leur plus tendre enfance, elles bavent devant un cortège à la sortie d’une église, fondent à la vue du début du quart de la moitié d’un ourlet de robe blanche, et seraient prêtes à troquer tous les mâles de leur famille contre un homme, un vrai, qui leur permettrait de s’accrocher à lui comme une moule à son rocher. Du coup, le jour où cela leur arrive enfin, pas d’hésitation, elles sont ultra prêtes à s’engager.

Pour les hommes, engagement = privation de liberté = interdiction d’aller voir ailleurs = déprime, tandis que le mariage représente pour les femmes le point culminant de la relation amoureuse. Ce sera le plus beau jour de leur vie, avant l’arrivée de Junior bien sûr et la livraison du frigo américain dans leur pavillon flambant neuf. Alors pas question de penser aux bras d’Helder, le prof de tennis du Club Med de l’été dernier, au moment où on s’apprête à faire d’elles des princesses pour la journée. De toute façon, depuis la demande en mariage, c’est simple, les hommes, elles ne les voient même plus. Il faut dire qu’elles n’ont pas vraiment le temps pour la bagatelle. Entre les repas tests chez le traiteur, la commande de la liste de mariage aussi complète que si vous alliez ouvrir un routier sur le bord de l’A6 (petites cuillères 36, couteaux 36, salières 8, assiettes 72… vous ne saviez même pas que vous aviez autant d’amis à réunir autour d’une table), les essayages de robe, de voile, de gants, de chaussures, de maquillage, de chignon, de jarretières et de bouquet de fleurs, n’en jetez plus… Elles veulent que tout soit PARFAIT, et n’ont donc pas une seconde à perdre. Un mariage, c’est une année de boulot à plein temps, pendant laquelle tout ce qui ne concerne pas votre couple ou ce jour si particulier n’existe pas. Tromper son mec alors qu’on a déjà du mal à le voir au milieu d’une logistique digne de la mise en orbite d’un satellite espion, pas envie et surtout pas le temps 1

Courage fuyons !

Pour les hommes, mariage rime souvent avec carnage. Obligé de carboniser vos économies en quelques heures, de faire une fête avec tant d’invités que vous ne pourrez vraiment goûter à la compagnie d’aucun, de mettre ce ridicule costume qui gratte et qui fait transpirer comme un porteur de pierres sur le chantier de la pyramide de Khéops, et surtout de prendre tant d’engagements d’inspiration médiévale qui, si on se fie aux chiffres des sociologues ou des avocats, ne valent pas tripette. Les promesses sont comme le bouquet qu’on jette aux célibataires pendant la réception, elles n’engagent que celles qui les tiennent.

« Il ne faut pas oublier que le mariage a été institué à une époque où l’espérance de vie ne dépassait pas 30 ans. » Jacques Dutronc, chanteur

Le mariage est un des points culminants de l’obligation sociale, après le bac et le défunt service militaire. Obligé de faire une grosse fête, d’envoyer des faire-part, d’inviter des cousins que vous ne voyez jamais, d’acheter une robe hors de prix, de s’éclater comme si vous alliez mourir demain.

Bonne mère, la société a quand même prévu une petite soupape de sécurité avant la plongée dans l’éternité : l’enterrement de vie de garçon ou de jeune fille. Libre à vous de faire une soirée diapos ou de passer carrément la seconde, à quatre pattes avec Diana, strip-teaseuse et plus si liquidités. Autant on va vous seriner avec la fidélité devant l’autel, autant personne ne vous reprochera d’avoir passé une de vos dernières nuits le slip sur la tête à l’hôtel. C’est le pic de la Mirandole des paradoxes. Au moment où on vous demande  de vous engager à ne plus jamais tourner la tête, vous avez le droit, pendant une soirée, à condition que vous n’en fassiez pas de compte-rendu à votre chère et tendre, de la perdre (la tête), et de piétiner de toutes vos forces ce beau vœu de fidélité censé devenir le socle de votre vie future. C’est la faille spatio-temporelle organisée à l’américaine, avec ses bars spécialisés, ses agences de striptease, ses boîtes à putes. La dernière bouffée d’air avant de plonger dans l’infini de l’éternité, et que l’ivresse des profondeurs vous fasse croire que, finalement, pouvoir choisir tous les samedis entre Auchan et Intermarché, c’est encore une forme de liberté.

« Pour se marier, il faut un témoin, comme pour un accident, ou un duel. » Sacha Guitry, dramaturge

Le mariage, c’est, pour votre compagne, une année de menus préparatifs, d’interrogations existentielles sur la composition des « centres de table » (Messieurs, il s’agit d’une corbeille de fleurs au milieu des tables), de conversations téléphoniques infinies avec les proches et les parents sur la liste des invités ou la pression qui monte. Et vous ne percevez que ce dernier aspect, la pression.

Les hommes réalisent soudain, comme si c’était une surprise, qu’ils vont rester avec leur promise, au moins en théorie, jusqu’à la fin de leurs jours. Et ce n’est pas tant la vision glauque des proches réunis autour de leur lit de mort, dans une lumière blafarde qui les tétanise que cette pensée : « C’est mon dernier partenaire sexuel. Si je suis logique avec moi-même et tous les engagements solennels que je vais prendre devant tous ces gens, je ne toucherai plus jamais d’autres femmes, à part si elles ont plus de 70 ans, et qu’elles me demandent de les aider à traverser la rue. » Et la promise a beau être la plus belle des plus belles, championne toutes catégories de la galipette sous la couette, dans son for intérieur, l’homme sait qu’il n’est pas de bois. Résister à la fille de la pub Aubade ou à cette inconnue qui vous fait bouillir le sang et qui passe sans vous remarquer, c’est facile. Mais on ne peut savoir ce que réserve la vie comme rencontres inopinées ou comme coups de folie. Et l’idée de clore à tout jamais le tableau de chasse, de raccrocher les gants devant la foule en délire glace le sang du futur marié. Il a beau répéter qu’il n’a jamais été aussi heureux, il va à la mairie comme on va à l’abattoir, en espérant qu’une encéphalite spongiforme bovine le sauve d’un sort certain : finir sa carrière dans les rayons d’un Leclerc ou d’un Cora.

Pour échapper à son destin, il teste une dernière fois ses armes de séducteur. Dernière bouffée de liberté, nostalgie d’un âge d’or, auto-conviction qu’il a fait le bon choix ou au contraire, recherches tous azimuts pour vérifier qu’il n’y a pas d’alternative.

Avant de devenir mari, tel un artiste du XIXe, l’homme peut facilement se mettre à croquer un peu tout ce qui bouge, pour être sûr qu’il a bien peint le paysage sous toutes ses nuances, avant que le soleil ne se couche et qu’il ne lui reste plus qu’à se couper une oreille.

« Pour que votre voyage de noces soit un succès total, sur le plan touristique, sentimental, et sexuel, la première chose à faire est de partir seul. » Pierre Desproges, humoriste

Vous nous direz que notre vision est caricaturale. Pourquoi les femmes, à l’approche du mariage, n’auraient pas elles aussi le droit de s’éclater une dernière fois ? Ce droit, elles l’ont, comme le confirme la floraison des enterrements de vie de jeune fille en bonne et due forme ces dernières années. Seulement, il semble qu’elles en fassent un usage plus soft. Sous son uniforme de pompier qui s’enlève avec des scratches, le strip-teaseur Chippendale a un caleçon, et sous le caleçon un slip, et sous le slip un string. Tout ce textile prouve que bien que les femmes aient envie de toucher l’interdit du doigt, elles ne veulent pas pour autant le prendre à pleines mains.