Les moments les plus critiques : la grossesse et l’arrivée d’un enfant

Les pilotes d’avion utilisent des engins de plus en plus sophistiqués pour anticiper la traversée d’une zone de turbulences. Dans un couple, un simple test de grossesse positif suffit. Non seulement l’engagement entre les deux partenaires se voit sérieusement renforcé, mais les tensions liées à la traversée de cette période difficile, bien qu’en général heureuse, peuvent être fatales. Etait-on d’accord pour faire cet enfant ? Arrive-t-il trop tôt, trop tard ? Quelles valeurs allons- nous lui transmettre ? Avons-nous les moyens de lui offrir une éducation à la hauteur ? Comment réagissons-nous aux difficultés et aux angoisses liées à la grossesse ?

Pas besoin de radar. La grossesse, c’est turbulences à tous les étages.

« La situation sans être grave n’en est pas moins désespérée. » La boutade s’applique sans restriction à la conception d’enfants. Selon les indications que nous avons pu recueillir auprès de la profession (gynécologues, sages-femmes, kinés…), jusqu’à 40 % des hommes quitteraient le domicile conjugal, de façon plus ou moins longue, et plus ou moins définitive, à un moment ou à un autre entre l’annonce de la grossesse et la fin de la période post-partum. Du point de vue de la morale, ça n’est pas brillant, mais ça fait partie de la réalité, voilà pourquoi.

En attendant bébé

La grossesse, surtout la première, c’est nouveau, compliqué et angoissant. Phénomène naturel merveilleux par ailleurs, elle plonge les jeunes couples dans un abîme de perplexité.

Leur vie va être modifiée à tout jamais. Désormais, ils ont l’obligation d’être responsables. Les tours du monde en sac à dos, les nuits de débauche après lesquelles on se réveille sans plus savoir comment on s’appelle, ni où l’on a garé la voiture, c’est fini, au moins pour quelques années.

Moins de légèreté, et moins de liberté. Bonjour les horaires calibrés, le speed de la crèche, les briefings à la nounou en panique, pour ne pas rater la réunion de 9 heures ou la séance de ciné. D’ailleurs le ciné, le resto, le théâtre, les fêtes avec les amis sont autant d’activités qui vont être amenées à s’espacer, voire à s’effacer complètement.

Mais avant d’en arriver là, il faut traverser neuf mois durant le Sahara de la grossesse. Un désert où les oasis de sexe sont rares, et où le stress de ne pas arriver jusqu’au bout vivant a tendance à plonger les uns et les autres dans un état de démence ingérable.

Car la femme enceinte ne subit pas seulement des nausées et d’éprouvantes transformations physiques, elle subit aussi le stress de la nouveauté. Plongée dans des manuels qui comportent plus de pages que Le Petit Pilote de 747 illustré, d’épisiotomie en tire-lait, de rééducation du périnée en ictère (pas grave, juste la jaunisse du nourrisson), elles finissent par se demander s’il s’agit de faire un enfant ou de tourner dans un film d’horreur. Stress donc de la maman, face auquel le papa moderne encaisse avec élégance. S’il veut passer ses nerfs, les 10 m2 de la chambre de Junior à passer à l’enduit, à la sous-couche, la surcouche, au satiné, « Non c’était pas exactement ça coquille d’œuf, et si finalement on la faisait en framboise ? » suffiront à le rendre calme et affable, épuisé et hagard.

Sauf que le propre du couple dans la grossesse, c’est que chacun de ses membres estime qu’il est le seul à bosser. Madame porte l’enfant, sélectionne les articles de puériculture, potasse de fond en comble les manuels et continue à travailler. Monsieur bricole, prépare la piste d’atterrissage, se tape de plus en plus de corvées et répond à toute heure aux envies de fraises des bois de sa dulcinée. Il y a un moment où l’on veut bien être aimable et de bonne constitution, mais il y a peut-être des coups de truelle qui se perdent.

Famille, je vous hais

Et pour ceux qui trouveraient les pugilats à la truelle en couple un peu trop intimistes, il y a les parents. En période de grossesse, le parent est invasif. Il appelle tous les jours, fait mine de demander des nouvelles (du petit, pas de vous), et surtout dégouline de conseils. Le parent vous a fait, les enfants, ça le connaît. Peu importe qu’un peu d’eau soit passé sous les ponts depuis les années 60-70. Le parent a besoin de vous parler, de parler au futur enfant, de toucher votre ventre comme s’il portait chance, et que c’était le dos de Jean Marais dans Le Bossu, et surtout de vous assener son avis. « Vous bossez trop, vous devriez déménager, la chambre manque de couleurs, moi à l’époque, je vomissais tout le temps, vous allez voir c’est magnifique. » Bien qu’elle parte d’un bon sentiment, cette invasion a tendance à renforcer les tensions dans le couple. Ça n’est déjà pas toujours facile d’avoir sa mère sur les genoux 24 heures sur 24 pour préparer un événement qui arrive dans plusieurs mois, mais quand il s’agit de sa belle-mère, on est à deux doigts de tenter le plantage de truelle entre les deux yeux.

Le lecteur attentif aura remarqué le caractère fallacieux du chapeau rédigé quatre paragraphes plus haut, qui promettait des informations sur le sexe, sans qu’on puisse, après un nombre obscène de lignes, voir apparaître le moindre bout de sein. Priapes de tous les pays, voilà le passage que vous attendiez tant Érotomanes en tout genre, vous risquez d’être déçus.

Sex and the petit

Pendant la grossesse, la tension entre les futurs parents augmente, d’autant plus qu’il est rare que les neuf mois soient une période d’extase sexuelle. Cela ne veut pas dire que la vie érotique cesse, mais la plupart des couples mettent un sérieux coup d’aérofrein. Peur de blesser l’enfant (si on a vraiment zappé les cours de sciences nat’ ou qu’on refuse de se mettre le nez dans le Laurence Pernoud), baisse de désir due aux transformations du corps de la femme, bouffées délirantes de respect pour celle qui va donner la vie, stress et vomissements divers font que la galipette a tendance à se raréfier en période pré-partum.

Et si la galipette se raréfie, il n’y a que deux solutions pour les garçons : se masturber discrètement de loin en loin en attendant que ça revienne, ou faire le grand saut dans l’inconnu, objet de cet ouvrage. Une amie qui vous veut du bien, tarifée ou vraiment amie. Une ex qui remet le couvert. Une jeunesse pas au courant de la situation. Une ambitieuse prête à tout pour vous avoir. Ou une combinaison de ces différents profils : une exjeunesse tarifée et un peu amie, pas au courant, prête à tout pour vous avoir. La solidarité féminine est une chose, les lois du désir et de l’attraction en sont une autre, et il y aura toujours une femme pour tirer Jean- Pierre de ses paluchades, ou de sa consultation religieuse du manuel du mobile qui joue du Mozart.

À la lecture de ces lignes, nous sentons déjà de nombreuses lectrices faisant chauffer leur Bic bleu pour nous agonir d’insultes. Comment une femme, si tant est qu’elle soit au courant, peut-elle faire ça à une de ses semblables ? Mesdames, vous avez raison, il n’y a aucune excuse. Une femme qui trompe un homme oui, mais un homme qui trompe une femme qui va avoir un enfant ou qui vient d’en avoir un a un comportement des plus immondes. Une femme qui l’accompagne dans ce forfait est une catin. Néanmoins, une fois passée la réaction impulsive, il est de notre devoir de nous interroger sur ce phénomène qui touche tant de couples.

« Ce n’est pas compliqué de faire rêver les hommes. Le plus dur, c’est de les garder. » Sharon Stone, comédienne

La grossesse est certainement une des périodes de la vie où les hommes trompent le plus les femmes. Posez la question autour de vous et contemplez la désolation. Les différentes peurs et tensions évoquées plus haut, les altérations objectives, bien qu’en général momentanées, du corps féminin, le détournement de l’attention et de la tendresse vers le futur nouveau venu sont autant d’éléments qui font traverser au couple, au moment de son plus grand bonheur, la pire des épreuves pour sa solidité.

L’homme se sent délaissé, il ressent souvent une baisse de désir à l’égard de sa compagne, avec laquelle les rapports se sont raréfiés. Il va voir ailleurs. À tel point que certaines femmes encadrent ces incartades en donnant carte blanche à leur mari pour les tromper, allant même parfois jusqu’à sélectionner avec eux celle qui pourra représenter un attrait suffisant, sans être un danger à moyen terme pour le couple. Faute avouée à moitié pardonnée. Faute encadrée à moitié sécurisée.

L’homme « enceint » a besoin d’attention, de sexe, de sentir que la vie continue. Il peut même se dire qu’il faut se dépêcher de tromper sa femme avant la naissance, car à partir de là, l’adultère deviendra « vraiment grave ».

D’une certaine manière, il voudrait presque bien faire. L’idée peut sembler aberrante, mais comme souvent dans l’infidélité, l’homme n’en veut pas à sa femme. Il n’agit pas contre elle mais pour lui. Il envisage qu’il fait cela pour elle, pour préserver son cocon de tranquillité, ne pas la tourmenter avec ses bas instincts. Où s’arrête le respect, où commence l’hypocrisie ? C’est à vous de voir.

Il serait injuste de réduire les hommes à de simples machines à produire de la semence et du désir. Attendre un enfant, c’est une période pleine d’interrogations existentielles. « Quel est le bilan de ma vie à ce stade ? » Pas bon le bilan, énorme terreau pour l’adultère :

« Je fais le bilan = il me manque des trucs, mon accomplissement personnel n’est pas à 100 % réalisé =je suis frustré =j’ai besoin d’air = je vais voir ailleurs. »

Parmi les autres questions : « Quelles relations aurais-je avec mon enfant ? Quelles relations ai-je eu avec mes parents ? M’ont-ils désiré ? L’élèverais je comme j’ai été élevé ? Saurais- je me montrer suffisamment disponible et compétent ? Qui suis-je, ou vais-je, dans quel état j’erre ? »

Bébé arrive, tous aux abris !

Une fois le bambin arrivé, la situation ne s’arrange pas.

Objet de toutes les attentions, il happe, comme une bombe à fragmentation le ferait avec l’oxygène dans l’atmosphère, toute l’intimité de ses parents. Plus un moment à deux, que des moments à trois, voire à quinze, quand commence le défilé familial des Rois Mages, les bras chargés de boîtes Du Pareil au Même. Ça dégouline de bonnes intentions dans tous les sens, mais ce n’est pas pour ça que Bébé fait ses nuits. Plus de câlins, plus de dîners en amoureux. Et quand les parents comprennent qu’il faut un peu lâcher le pied sur le pouponnage, que les grands-parents ça existe, et que la vie ne s’arrête pas totalement quand on a un enfant, il est parfois trop tard. L’adultère est comme un poids lourd sur l’autoroute des vacances, il ne met pas les feux de détresse avant de provoquer le carambolage du siècle.

« Il y a quelque chose d’incestueux dans le fait de faire l’amour à la mère de ses enfants. C’est peut-être pour ça que les hommes ont des maîtresses. » Patrick Sébastien, humoriste

On a vu que, dans ce chapitre, les hommes n’avaient pas le beau rôle. Ce serait oublier qu’il arrive aussi que des femmes trompent leur mari après avoir accouché. Ont elle été trompées ? L’ont-elles su ? Quoi qu’il en soit, elles sont elles aussi victimes de la raréfaction des rapports, de la tendresse, de l’attention apportée à l’autre, et des tensions diverses. Elles doivent combler tous ces manques, comme les hommes,  mais en plus, elles se demandent si elles peuvent encore séduire.

Les kinés nous racontent comment les femmes se précipitent chez eux pour la rééducation du périnée, obsédées par la remise en marche de la machine. Il leur faut perdre leurs fesses, retrouver leurs abdos, gommer leurs vergetures, muscler leur vagin dans l’urgence, pour revenir dans le circuit. Et si Monsieur n’est pas sensible à tous ces efforts, s’il a déjà déserté le lit conjugal pour faire ami-amie avec une Miss Double-Clic sans cervelle du service informatique, qu’à cela ne tienne, les jardins d’enfants sont dorénavant pleins de pères célibataires qui ne demandent qu’à retrouver les voies de la tendresse et du plaisir avec des jeunes mères en manque de tout. Il faut le savoir, le bac à sable est, en termes de drague, l’équivalent de la boîte de nuit pour le jeune parent. Quant à l’effet produit sur n’importe quelle femme par un père affublé d’une poussette ou d’un porte-bébé, il est tellement fort qu’on a vu des célibataires mâles sans enfant demander à ce qu’on leur en prête un pour partir à la chasse et attendrir la donzelle.

Notons que ce passage sur les lieux de drague pour jeunes mamans en goguette serait incomplet s’il n’y était fait mention d’une invention moderne et néanmoins magique : les bébés nageurs. Cette occasion de socialisation, pour vous comme pour votre enfant, présente le triple avantage de se dérouler dans un environnement convivial, la piscine ; d’offrir de la visibilité sur le statut des autres parents, puisque s’ils sont venus seuls, c’est qu’il y a des chances qu’ils soient célibataires ; mais également d’offrir une vue imprenable sur l’état de la marchandise, puisque l’exercice se pratique en maillot de bain. Convivialité, visibilité, qualité. Jeunes parents, à mon top, plongez !

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, je suis derrière

Mais revenons aux femmes adultères. S’il est vrai qu’elles en ont pris plein la tête, il n’en est pas moins vrai qu’elles peuvent se comporter elles aussi de façon un peu injuste. C’est une des caractéristiques majeures du phénomène « infidélité » : il est doublement injuste. On trompe, et en plus, on fait plus d’efforts avec le nouveau venu qu’avec la victime terrée dans son antre. Vous manquez de quelque chose à la maison, vous allez le chercher ailleurs, et ce faisant, vous mettez en œuvre des moyens que vous n’avez pas employés chez vous. Sûr que ce string qui dépasse de votre jean taille basse l’air de rien au square, votre Jules ne l’a pas vu à la maison. Lui, l’image qu’il a du mal à oublier, c’est celle de vous dans la chemise de nuit d’allaitement, avec les pans qui se « déscratchent » pour laisser sortir vos seins lourds comme des obus.

C’est d’ailleurs un élément fondamental auquel tous les couples en passe de se reproduire devraient faire attention. L’intimité atteint dans les ménages modernes au cours de la grossesse un stade très fusionnel. On se voit dans des situations pas très sexy. Vomissements, gaz, pertes de lait… Et même le père le plus amoureux, qui admire l’effort réalisé par sa femme pendant ces mois si longs, finit, à force de fusion de l’intimité, par la voir disparaître. Sa femme et lui ne font plus qu’un. Son caractère d’objet de séduction disparaît au profit de l’image de la mère.

« Quand mon mari rentre à la maison, si les enfants sont encore en vie, j’estime avoir fait mon boulot. » Roseanne Barr, comédienne

À ce titre, l’homme qui écrit ses lignes ne sait plus trop quoi penser du fait d’assister à l’accouchement. S’il paraît naturel à de nombreux pères, cet événement fusionnel peut avoir des conséquences sur la perception que l’homme aura désormais de sa femme. C’est la théorie du gynécologue Bernard Fonty (Les hommes n’ont lien à faire dans la maternité, éditions First). Voir votre bambin adoré sortir du sexe de votre femme adorée, c’est peut-être ce que vous aurez vu de plus émouvant dans votre vie, mais certainement pas de plus sexy. Et votre femme aura intérêt à vous faire dare-dare le coup de la collection de petits dessous affriolants pour que vous continuiez à penser qu’en matière de sensualité, elle et Monica Belluci boxent dans la même catégorie.

Le retour à une sexualité normale est une des obsessions des couples après l’accouchement. Certains affirmeront qu’il s’agit plus d’un besoin naturel pour les hommes, et d’une peur panique d’être abandonnée pour les femmes. Ce serait considérer que la sexualité ne fait pas partie des besoins naturels de la femme, propos un peu hors d’âge.

À la recherche de vos fondamentaux

La fin de la grossesse est souvent synonyme d’abstinence, et une fois le jour J arrivé, la machine met du temps à se remettre en route. Sur le plan physiologique d’abord, mais surtout sur le plan psychologique et relationnel. Et comme les jeunes couples se laissent accaparer à 100 % par leur progéniture, il ne reste plus beaucoup de place pour s’occuper de cette satanée machine. Car il ne suffit pas de ressusciter la position classique dont on sait qu’elle marche à tous les coups pour les deux partenaires, et de rejouer la scène de la fièvre du samedi soir. Une représentation hebdomadaire unique à guichets fermés, qui durait une heure trente lors de sa sortie en salle, mais que vous avez raccourci pour convenances personnelles, à une quinzaine de minutes si l’on en croit les statistiques nationales.

Plus c’est long, moins c’est court

Pour 55 % des Français, la durée moyenne de l’acte sexuel est comprise entre 15 et 30 minutes. Pour 11 %, il dure moins de 10 minutes. Pour 20 %, plus de 30 minutes.

Source : Francoscopie, 2003

Pour éviter de retomber dans le creux de la lassitude et de la routine, il faudrait presque tout recommencer de zéro, comme si c’était la première fois. Après des années de vie commune, sans oser vraiment vous le dire, vous aviez fini par trouver ça tout le temps pareil. La mise en route d’un enfant a pimenté votre vie, mais maintenant, il n’y a plus que la créativité qui peut vous sauver, si vous ne voulez pas vous séparer un jour ou l’autre, ou finir dans les boîtes échangistes. C’est la morale cynique de notre société qui voue un culte démesuré à la performance façon la tête + les jambes. Il faut être bon dans tous les domaines, sinon, on saute.

Au moment où vous assurez votre descendance, il n’y a donc pas que votre avenir qui soit enjeu, il y a aussi celui de votre couple. Si dans la plupart des cas, les infidélités liées à la grossesse sont juste des « petits coups sans conséquence », ces écarts peuvent aussi dégénérer. Soit Monsieur ne voulait pas d’enfant (ou de deuxième/troisième enfant), mais n’osait pas le dire, et il risque carrément d’abandonner le navire, soit il fait une rencontre extraordinaire, tombe amoureux, et se retrouve embistrouillé dans une problématique de polygame qui, sous nos latitudes, trouve rarement d’issue heureuse. Côté Madame, même si le phénomène n’intervient qu’après l’accouchement, on n’est pas à l’abri d’une rencontre encore plus fusionnelle dans les dunes du bac à sable, ou entre les déferlantes des bébés nageurs, suivie d’un départ express à dos de scooter, avec ou sans enfant.